Heurtier Superson

Entretien avec Antoine Heurtier,
issu de la revue Cinescopie n°43 (2016)

En 1930, j’ai créé mon propre atelier et je me suis mis à mon compte tout seul. J’avais alors vingt-huit ans. Pour commencer je n’avais qu’un seul tour et je faisais du travail de sous-traitance pour des usines qui me confiaient la fabrication de certaines pièces. Plus tard, j’ai acheté un deuxième tour et mon frère est venu travailler avec moi. Nous nous sommes mis tous les deux à travailler pour nous. J’ai alors mis au point une machine à découper le saucisson en tranche et ce n’est que par la suite que j’ai fabriqué la machine à découper le jambon. Je fabriquais donc mes machines et, pendant que mon frère restait à l’atelier pour continuer le montage, je partais avec ma voiture dans le département de la Loire et j’allais démarcher chez les charcutiers pour vendre ma fabrication. J’en ai vendu quelques centaines comme cela. […]

Je devais alors avoir trente-quatre ou trente-cinq ans lorsque pour Noël, mon père me dit « Nous achetons toujours aux enfants des jouets qui ne leur servent à rien et qui finissent par se casser assez rapidement, si on leur achetait un Pathé-Baby ? » Nous avons alors acheté aux enfants un projecteur cinéma qui d’ailleurs n’était pas un Pathé-Baby mais un petit projecteur dont je ne me souviens plus de la marque. Ce projecteur n’a fonctionné seulement que huit jours ! Je suis allé trouver la personne qui me l’avait vendu. C’était un ami et je lui ai fait remarquer une faiblesse de fonctionnement de son appareil. Mon ami m’a répondu que tous les appareils étaient pareils et qu’il ne pouvait m’en donner un autre. Puisqu’il en est ainsi, lui répondis-je, je vais en faire un moi-même. Devant le scepticisme de mon ami, j’ai quitté son magasin avec l’idée de faire un projecteur qui pourrait « travailler » dans les trois formats courants à cette époque, le 16, le 8 et le 9,5 mm. Ce fut là le grand départ de mon aventure dans le cinéma.

J’ai fabriqué cet appareil tel que je l’avais imaginé et je l’ai baptisé le « Triflim ». Huit jours après, la nouvelle s’était répandue dans le monde du cinéma et les commandes commençaient à m’arriver. J’avais évidement déposé un brevet et les sommes que l’on me proposait pour la cession de ce brevet étaient tellement élevées que j’ai réalisé que j’avais découvert quelque chose d’important qui valait peut-être encore plus que ce qui m’était offert.

Article de Jean-Paul Francesch, initialement publié dans le journal "Le Progrès" de Saint-Étienne
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Article de Michael Ritter,
issu du magasine CineScopie n° 36 (2014)

En 1945, le marché des constructeurs français de projecteurs de cinéma destinés aux amateurs se limitait à quelques marques comme Cinégel, Lapierre et Pathé qui préféraient les appareils simples. Dès 1937, le premier prototype du Heurtier Tri-film (8, 9,5 et 16 mm) fut mis au point. Il deviendra le « Supertri » présenté en 1938.

Antoine Heurtier ne compte pas moins de 65 brevets à son actif. La guerre de 1939-1945 ralentit la fabrication et, à partir de 1946, une société anonyme naît dans de nouveaux locaux Square Roosevelt, le Rond Point à Saint-Étienne. Elle atteindra son apogée en 1965 avec une production de 500 000 projecteurs et une exportation dans quarante pays. Le site employait 110 techniciens.
Au premier modèle produit en série dès 1938 – le Supertri, avec une variante disposant de la machine arrière – succéda dès 1946 une série de quatorze versions jusqu’en 1970. En particulier parmi les améliorations apportées : l’obturateur à pales variables (deux ou trois), les axes sur roulements à billes ou sur coussinets auto-lubrifiés (graphités), l’arrêt sur image, le rembobinage extérieur accéléré, la lampe de salle synchronisée, la lampe pilote et aussi la conception modulaire avec transformation possible en sonore.
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Michael Ritter

Catalogue "La maison du cinéaste amateur", 1967

Heurtier Superson 8, 9,5, 16
Sonore magnétique - moteur asynchrone 16-24 i/s, lampe 750 W, marche arrière, arrêt sur image, bras de 300 mètres, ampli 6 W, livré en deux valises. Avec objectif au choix et bloc magnétique au choix : 2360 Fr (3068 €). Bloc magnétique supplémentaire : 130 Fr (169 €)
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Ci-contre, les trois cadres presseurs correspondants à chacun des trois formats, à installer à l'emplacement n°1 dans le schéma ci-dessous.

Présenté pour la première fois au Salon de la Photo et du Cinéma à Paris en 1954

Cadences 16 et 24 i/s
Enregistrement et lecture son magnétique dans les trois formats
Amplificateur audio servant de socle

Déposant et utilisateur : François Cheneval